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Finlande

 


Contexte

La Finlande est un pays bilingue de 5,3 millions d’habitants. Ses langues officielles sont le finnois et le suédois. Chacune des deux communautés linguistiques a le droit d’être éduquée dans sa langue maternelle. La langue maternelle de la majorité de la population (94 %), le finnois, est à ce point différente de la plupart des autres langues européennes qu’elle n’est pratiquement pas utilisée hors de la Finlande. Le suédois compte 5,5 % de locuteurs natifs, et le sami moins de 0,5 %.

 


Cadre juridique

Le système finlandais présente un environnement législatif à trois niveaux :

  • la Constitution fixe les langues nationales et le principe du droit au choix de la langue ;
  • la loi linguistique définit un schéma d’application, qui confère au sami un statut à part, reposant sur les droits individuels et les régimes spécifiques de service dépendant du statut linguistique de la commune ;
  • cinq réglementations spécifiques dessinent un environnement normatif complémentaire dans des domaines-clés pour l’application de la loi. Les modalités concrètes d’application du régime bilingue sont par ailleurs déployées dans 35 textes de loi couvrant tous les secteurs de la vie publique.
La Constitution du 11 juin 1999

La Constitution du 11 juin 1999 précise dans son article 17 que les langues nationales de la Finlande sont le finnois et le suédois. Leur utilisation à parité est garantie dans l’exercice de la justice (mentionnée à part) et dans toutes les composantes du fonctionnement des administrations publiques, y compris les bureaux et agences indépendants qui fonctionnent sous leur tutelle. L’administration, tant au niveau central que local, doit traiter les demandes dans la langue où elles sont formulées et diffuser les informations et formulaires en finnois et suédois. Tout citoyen finlandais doit donc pouvoir traiter avec les autorités publiques dans l’une des deux langues nationales. La Constitution précise par ailleurs que c’est à la puissance publique qu’il appartient de garantir la mise en œuvre effective des droits linguistiques en matière d’éducation et dans la vie de la société – et non au citoyen de l’exiger. Par ailleurs la Constitution cite trois langues minoritaires : le sami, la langue des Roms et la langue des signes.

La loi linguistique du 1er janvier 2004 et son application

La deuxième loi linguistique votée le 11 février 2003 réforme les dispositions de la loi de 1922 qui avaient fait l’objet d’amendements techniques en 1935, 1975 et 1996. Elle vise à rendre le système plus efficace, essentiellement pour garantir l’existence officielle des deux langues nationales et fixer leurs modalités de coexistence et d’articulation. Elle se limite à la sphère publique et n’est pas compétente pour les relations impliquant des acteurs privés. La commune, rouage essentiel du système administratif et politique en Finlande, constitue donc un acteur important pour la mise en place d’un bilinguisme effectif. Une commune est déclarée officiellement bilingue, et astreinte à fournir une palette de services dans les deux langues, à partir du moment où elle comprend une minorité linguistique d’au moins 3 000 citoyens ou 8 % de la population. Les communes qui gèrent également l’éducation sont alors tenues de fournir les services soit dans les deux langues, soit « de façon adaptée par le biais de la traduction ». Le Conseil du Gouvernement promulgue tous les dix ans la distribution du statut linguistique des communes. Dans la répartition actuelle des 431 communes finlandaises, valable jusqu’en 2012, on dénombre 19 communes unilingues suédophones, 44 communes bilingues (21 où la langue majoritaire est le finnois, 23 où la langue majoritaire est le suédois) et 383 communes finnophones. En 2005, les suédophones représentaient, avec 285 700 locuteurs déclarés, 5,5 % de la population (contre 10,1 % en 1930 et 14,3 % en 1880).

La radio publique dispose de trois stations suédophones nationales et cinq stations régionales. 10 % des programmes de la télévision nationale sont diffusés en suédois sur les deux chaînes – soit un total hebdomadaire de 18 heures. La langue de commandement dans l’armée est le finnois, mais les armées doivent comprendre au moins un bataillon suédophone. Les administrations centrales, ambassades et consulats sont automatiquement bilingues. Certaines prisons disposent de quartiers bilingues. L’université étant régie par un système de numerus clausus un nombre minimum de places est garanti aux suédophones – ce point faisant également l’objet de critiques régulières, car jugé moins compatible avec le principe d’égalité dans l’accès aux études. Certaines facultés disposent de départements spécifiquement suédophones. Il existe également une université à Turku et une grande école commerciale à Helsinki entièrement suédophones. Pour garantir le bilinguisme effectif l’État intervient pour fixer un nombre obligatoire de médecins et juristes à former en suédois. Ces logiques de quota ne sont pas remises en cause officiellement , mais sont vivement prises à parti sur les forums internet par exemple.

La loi linguistique s’applique à toutes les administrations publiques, qu’elles soient d’État ou communales. Deux formes de régime linguistique ne sont pas concernées par son champ d’application : l’enseignement supérieur (c’est la loi sur les universités 645/1997 qui légifère sur la langue) et les cultes (les deux religions d’État voient leurs régimes linguistiques fixés par la loi sur les cultes 1054/1993). Cinq appareils réglementaires spécifiques complètent les dispositions générales prévues par la loi linguistique :

  • le système éducatif doit fixer les langues d’enseignement et des diplômes ainsi que l’enseignement des langues vivantes étrangères ;
  • le secteur de la culture doit réglementer l’usage des langues pour la radio, les théâtres, la diffusion de l’image, les bibliothèques, les organisations de jeunesse et les sports ;
  • les droits linguistiques dans l’accès aux soins sont fixés dans la loi sur la santé publique ;
  • l’usage des langues dans le domaine de l’enquête judiciaire et le fonctionnement des tribunaux doit être traité dans tous les règlements y afférents ;
  • enfin, le contrôle du niveau de compétence linguistique des personnels travaillant dans les administrations publiques doit faire l’objet d’une réglementation.

L’objectif est essentiellement de régler l’équilibre entre les deux langues nationales dans la vie publique, plus que d’en assurer la promotion en référence implicite à la menace que constitueraient d’autres langues étrangères. C’est ainsi que l'omniprésence de l’anglais dans le discours publicitaire ne semble pas constituer un problème majeur. Le principe du bilinguisme dans l’information du consommateur est dans l’ensemble assez bien respecté – les seules plaintes émanent de la minorité suédophone. Dans le domaine des colloques scientifiques la pratique de l’anglais est uniformément admise et ne fait pas l’objet de plainte particulière. De façon générale la part grandissante de l’anglais n’est pas perçue comme une menace pour les langues nationales.

Dispositif institutionnel chargé de concevoir, mettre en œuvre et contrôler ces législations linguistiques

La loi du 1er janvier 2004 définit le cadre de suivi de l’application des législations linguistiques. Outre les règlements cités qui dépendent des cinq ministères de référence concernés, la loi prévoit que la puissance publique a le devoir de veiller par toutes les mesures appropriées à la protection et à la promotion du patrimoine linguistique national. C’est à chaque organisme public qu’incombe la responsabilité de veiller au respect de la loi. Le ministère de la Justice est chargé de suivre sa mise en œuvre et son application, et de formuler des recommandations à ce sujet. En cas de constat de manquement ou d’infraction, il est amené à émettre des propositions de mesures correctives. Aucune mesure coercitive n’est cependant prévue. Le principe de responsabilité et d’information prend le pas sur la sanction.

Le Conseil du Gouvernement est chargé d’examiner un rapport détaillé par législature sur la situation linguistique et l’application de la loi. À cet effet une délégation aux affaires linguistiques a été créée au sein du ministère de la Justice. Elle assure l’activité de veille et propose le rapport. Elle émet des recommandations sur les actions d’information et de formation nécessaires à la bonne application de la loi, propose des mesures nouvelles pour la promotion des langues nationales, assure une mission de veille internationale sur la protection des langues nationales. Outre les deux langues nationales ce rapport a obligation de traiter également des langues sami, rom et du langage des signes.

Dans son premier rapport publié en 2006, la délégation s’est attachée à dresser un tableau complet de la situation linguistique et souligne à de nombreuses reprises le manque d’outil statistique adéquat.

Ce dispositif est complété par l’activité du Kotimaisten kielten tutkimuskeskus, centre de recherche sur les langues nationales. Dépendant du ministère de l’Éducation et employant une centaine de personnes, ce centre assure la coordination des activités de recherche sur les langues disposant d’un statut officiel : finnois, suédois, sami, rom, langue des signes. Il est chargé des questions d’aménagement linguistique, lexical, des néologismes, du suivi de l’évolution des langues.

Dispositions juridiques concernant l’intégration linguistique des migrants et dispositifs publics de formation linguistique proposés à ceux-ci

Avec 108 346 étrangers recensés, la Finlande connaît un très faible taux d’immigration, peu sensible dans la vie courante à l’exception des quartiers est de la capitale.

L’État finlandais soutient financièrement les associations qui développent des programmes d’intégration culturelle et linguistique (263 associations recensées à cet effet). Le principal journal russophone « Spektrum » bénéficie par exemple d’une subvention du ministère de l’Éducation. Les principales associations d’amitié, dont certaines sont très anciennes, bénéficient également d’un soutien public important. Dans le cadre de la recherche d’emploi, les étrangers peuvent également bénéficier de formations linguistiques gratuites en finnois.

La bibliothèque de la ville d’Helsinki a par ailleurs pour mission nationale officielle depuis 1995 de développer des services de lecture publique dans les principales langues de l’immigration. Un centre culturel spécifique (Caisa) a également été créé afin d’assurer la promotion du plurilinguisme, de la diversité culturelle et la promotion des cultures des communautés immigrées.

Depuis une dizaine d’années des efforts particuliers ont été déployés pour renforcer la qualité et la nature des enseignements de finnois/suédois dispensés aux étrangers dans le cadre du système éducatif. Tous les élèves étrangers recensés et ayant officiellement déclaré une autre langue que le finnois ou le suédois comme langue maternelle peuvent remplacer l’épreuve obligatoire de langue nationale du baccalauréat par une épreuve de « finnois/suédois langue seconde » spécifiquement conçue pour les locuteurs non-natifs. En terme juridique cette épreuve donne les mêmes droits, notamment pour l’accès à l’université, que l’épreuve standard destinée aux finnophones ou suédophones natifs. Le « finnois/suédois langue seconde » est aussi devenue une discipline d’enseignement disposant de programmes et objectifs au même titre que les autres disciplines.

Principales dispositions juridiques en vigueur concernant l’utilisation des langues régionales ou minoritaires

La Constitution de 1999 fait état spécifiquement des droits des peuples Sami et des Roms à pratiquer et développer leurs langues. La Constitution cite par ailleurs la nécessité de soutenir les usages de la langue des signes pour les sourds-muets. Les besoins d’interprétation et de traduction liés à un handicap sont garantis par la loi.

En ce qui concerne les Sami, un régime particulier a été instauré par la loi linguistique votée en 2003 et entrée en vigueur le 1er juin 2004. Le paragraphe 8 dit que « l’usage de la langue sami dans les situations officielles et les responsabilités des pouvoirs publics à cet égard sont régis par des dispositions spécifiques ». L’archipel des îles d’Åland dispose de son régime linguistique via son statut d’autonomie 1144/1991 ; la loi linguistique ne s’y applique donc pas et le suédois y est la seule langue officielle.

Le paragraphe 9 de la loi du 1er juin 2004 stipule que l’usage d’autres langues que le finnois, le suédois ou le sami fait l’objet de dispositions réglementaires permettant d’en faciliter les usages dans les tribunaux et dans les relations administratives. Dans la pratique, les droits garantis d’utilisation de la langue sami dans les relations administratives, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, se traduisent par la mise en place de services de traduction et interprétation – qui ne présupposent donc pas de compétences linguistiques de la part des fonctionnaires locaux. Seuls 10 % des employés des administrations publiques sont à l’heure actuelle capables de fournir un suivi en langue sami. Le financement de la traduction/interprétariat demeure incontournable dans de nombreuses situations. Trois communes sont officiellement de langue sami (bilingues donc avec le finnois) : Utsjoki, Inari et Enontekiö. S’y ajoute la partie nord de Sodankylä. Des variations linguistiques très prononcées existent entre les idiomes de ces trois communes. On y dénombre environ 8 000 locuteurs actifs.

Avec un effectif recensé de 10 000 personnes, la communauté Rom bénéficie d’un statut de minorité reconnue depuis les années 1940. La nouvelle loi linguistique reconnaît également son droit à l’usage de la langue et à l’éducation.

Un enseignement minimum en langue maternelle peut être sollicité dans le système éducatif pour les étrangers ainsi qu’une aide linguistique dans le domaine de l’accès aux soins. En 2004 il y avait 108 346 étrangers recensés sur le sol finlandais dont 24 626 Russes et 13 978 Estoniens, qui constituent donc les plus grands groupes de population immigrée, en pleine expansion ces dix dernières années.

Existence de mécanismes de soutien financier visant à encourager l’utilisation des langues nationales et des langues régionales ou minoritaires

Les deux langues nationales bénéficient, de par leurs statuts, d’un ensemble de mesures d’encouragement et d’un contexte porteur dont il est difficile de chiffrer le poids financier. Le rôle actif joué par les fondations dans le domaine culturel permet de donner une image du poids spécifique accordé à la langue dans la perception de l’identité culturelle et des moyens alloués à son développement. Tous les organismes de soutien à la vie culturelle et aux associations notamment de jeunesse demeurent très fortement imprégnés de l’idéal national qui a présidé à leur naissance à la fin du 19siècle. La langue en constitue une caractéristique identitaire forte et incontournable.

La troisième langue à bénéficier d’un statut officiel, le sami, de l’aveu général, ne peut jouer pleinement le rôle qui lui est dévolu faute de moyens humains suffisants. C’est particulièrement sensible dans le domaine de l’éducation et de l’administration.

Enseignement des langues étrangères au sein du système éducatif

Le bilinguisme national et les spécificités linguistiques du finnois ont historiquement façonné un paysage finlandais propice au développement de la motivation pour l’apprentissage des langues étrangères.

Le système éducatif s’est fixé en matière d’apprentissage des langues un double objectif : maintenir le bilinguisme finnois/suédois et proposer des enseignements de langues étrangères plus diversifiés. Une première langue étrangère est ainsi obligatoire en plus de l’apprentissage de la seconde langue nationale. En pratique il n’est pas rare de rencontrer des bacheliers ayant appris au total trois ou quatre langues vivantes en plus de leur langue maternelle.

La société finlandaise s’est rapidement internationalisée au cours des vingt dernières années et l’un des facteurs de changement les plus importants a été l’adhésion de la Finlande à l’Union européenne (UE) en 1995. L’UE a réalisé dans ses pays membres durant l’Année européenne des langues en 2001 une enquête sur le niveau et les études en langues. Les connaissances des Finlandais dépassaient la moyenne européenne et les Finlandais considéraient comme essentielle la connaissance d’autres langues que l’anglais.

La politique linguistique nationale et les programmes de langues qui s’y rapportent ont permis d’élargir et de diversifier le choix des langues à différents niveaux de la scolarisation ; pourtant neuf élèves sur dix étudient l’anglais comme première langue obligatoire et la répartition par sexe est inégale : les filles s’intéressent davantage à l’apprentissage des langues. Au milieu des années 1990, les étudiants apprenaient au lycée en moyenne 2,7 langues étrangères et lors de l’examen du baccalauréat, les filles passaient plus de la moitié de leurs épreuves en langue optionnelle.

Situation aktuelle

La langue A (langue vivante 1) est une matière obligatoire qui commence au cours des trois premières années du primaire (entre 7 et 9 ans en Finlande) au rythme de deux à trois séances hebdomadaires (une séance dure 45 minutes), soit 304 séances minimum sur les six années du primaire. En pratique, seuls 7 % des élèves commencent une langue étrangère à 7 ans et 81 % à neuf ans. Une langue optionnelle A2 peut également être choisie au primaire à partir de 10 ans pour un total maximum de 228 séances.

La deuxième langue nationale, dite B1, est obligatoire à partir du collège, mais ne l’est plus depuis 2006 comme épreuve au baccalauréat. En outre, d’autres langues facultatives (B2, B3) peuvent être étudiées à la fin du collège, puis au lycée. Sur les trois années que dure le lycée, l’élève doit choisir 228 séances obligatoires de langue A (généralement A1 et A2) et éventuellement 76 séances approfondies, 190 séances obligatoires de langue B1 et 76 séances optionnelles, et enfin il a la possibilité de suivre jusqu’à 608 séances d’autres langues vivantes. Ainsi, certains candidats présentent six langues vivantes aux épreuves du baccalauréat.

 

(2014)

 

 

 

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